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la bonté

Je deviens un peu plus tendre et jovial chaque jour, si bien que je m’émerveille souvent de petits moments vécus, ici et là, au cours du temps. On a tendance à voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. Selon ma psy, l’être humain est conditionné à voir le négatif avant le positif par instinct de survie. Selon l’explication, depuis le début de l’humanité, l’homme et la femme, sont en état de veille constant afin de prévoir ce qui pourrait leur arriver de terrible afin de pallier la situation et survivre, tout simplement. L’effet pervers de tout ça est qu’on ne retourne pas souvent la lorgnette dans l’autre direction afin de voir le beau qui nous entoure. Les psychologues modernes ont donc trouvé un moyen de faire voir la vie en rose, plutôt qu’en noir, aux gens qui ont tendance à oublier que les mammouths n’existent plus et qu’on ne risque pas de voir notre famille dévorée par un sabre pendant notre sommeil. Je fais partie de cette catégorie. Historiquement et par habitude, je m’attends souvent à ce que le ciel me tombe sur la tête alors qu’il fait un magnifique temps doux à l’extérieur. On m’a donc conseillé de tenir un journal de gratitude afin de faire un bilan quotidien du bien qui m’entoure. Et ça peut être n’importe quoi : un papillon bleu, une chanson réjouissante, un trente sous trouvé par terre… Juste quelque chose qui m’a fait sourire et qui a fait en sorte que la journée soit moins sombre. Mais le naturel revient souvent au galop. Il faut, alors, être constant dans le processus et apprécier le bon autour de nous plutôt que de se concentrer sur le seul élément négatif de notre journée. 

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J’ai vu quelque chose de beau aujourd’hui. Une situation qui impliquait une jeune femme dans le début de la vingtaine d’origine maghrébine et un vieillard caucasien tout ce qu’il y a de plus commun dans notre société. L’homme au dos courbé par le poids des années avait un mal fou à payer et passer le tourniquet menant au train léger de la capitale. Les sacs contenant ses emplettes semblaient lourds à porter et on pouvait sentir l’angoisse commencer à le gagner. C’est à ce moment que la jeune fille, à l’apparence modeste, mais clairement de son temps avec son iPhone en main, est intervenue. Sortant de sa bulle et de l’écoute de sa chanson préférée, elle a retiré son écouteur et est allée vers l’homme, tout simplement. Armée de son sourire réconfortant, elle a offert son aide au quadragénaire. Elle l’a assisté et lui a montré comment payer son passage. Billet en main, le vieil homme a tenté de passer la porte, en vain. L’étudiante, sûrement en retard pour son cours, aurait pu quitter. Après tout, elle avait accompli sa B.A. de la journée. Et c’est là que c’est beau : elle a pris ses sacs, lui a ouvert la barrière avec le billet acheté précédemment et a attendu le train aux côtés de l’aîné. Sur le quai, une personne ayant assisté à la scène a offert à l’étudiante de prendre le relais et a demandé à l’homme où il allait. Il a mentionné le nom de la station et la femme lui a dit qu’elle allait justement à cet endroit et qu’elle pouvait l’aider à la sortie du train. Était-ce vrai ou pas? Je l’ignore. Ce que je sais c’est que trois personnes, jusque-là inconnues les unes des autres, ont vécu un moment de bonté et de solidarité sans rien attendre en retour. Alors que la jeune femme disait au revoir à son nouvel ami éphémère, celui-ci a voulu la compenser en lui offrant de l’argent pour son assistance. Elle a poliment refusé en lui mentionnant que le sourire édenté que l’homme au visage ridé par les années venait de lui faire allait être pleinement suffisant. Satisfait de cet arrangement, il lui a dit, voici ton pourboire alors, en la serrant dans ses bras. Sans jugement. Sans peur. Pour peu que je sache, ce fut, peut-être, son moment de chaleur humaine pour la journée, voire la semaine. Le train s’en est allé avec deux voyageurs réunis par l’entraide pendant que la jeune femme retournait à sa musique, ses pensées et ses préoccupations.

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Au loin, j’observais la scène avec un sourire. Il y avait beaucoup de contrastes dans cette scène. Des contrastes générationnels, des contrastes de genre et aussi d’origines ethniques. Pour un instant, les préjugés ont pris le bord. La vie a vécu. L’humanité a fait ce qu’elle avait à faire. Pis c’était beau. 

J’ai eu une journée un peu plus difficile aujourd’hui. Pas mauvaise, mais un peu plus ardue qu’à l’habitude. J’aurais pu retourner à la maison dans cet état d’esprit ce soir. Mais non. Je vais me rappeler que trois personnes, dont j’ignore tout, m’auront fait passer un bon moment alors que le temps semblait maussade tant dans ma tête que dans le ciel pluvieux. 

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Prenez le temps de regarder autour de vous. Y’a du beau partout. Suffit de l’accueillir et de l’apprécier. La vie ce n’est pas un sprint, mais bien un marathon. Et, parfois, prendre une marche tranquille, c’est juste ce qu’il faut.

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