Quand j’ai lancé ce nouveau projet de blogue, j’avais beaucoup d’ambition. Je voulais m’exprimer et partager ma vision du monde du haut de mes quarante ans. Dire qu’il y a eu de l’eau dans le gaz serait un euphémisme. Disons que quelques semaines après la naissance du petit dernier Émile, les choses ont dérapé. Je me remettais tranquillement d’une dépression qui m’avait fait manquer deux mois de travail et de ma vie, en général. Les choses allaient mieux. Le médecin que j’avais vu avait une vision un peu spéciale des troubles mentaux. Je devais revenir le voir aux deux semaines pour des certificats médicaux (qui me coûtaient 60$ chacun – payés comptant, sans reçu à déclarer…), mais il m’a envoyé chez-moi avec l’équivalent de quatre ans en prescription d’antidépresseurs… Au bout de six semaines sans réelle avancée au niveau de mon état, il m’a dit que je devais bien retourner au travail un jour et m’a avisé que ce serait le dernier billet qu’il allait me signer et que je devrais prendre sur moi. Faut croire qu’il n’avait plus besoin de mon paiement bimensuel pour mettre de l’essence dans sa Mercedes… Le plus comique c’est qu’il m’a envoyé à un Esso voisin, à pied, pour retirer de l’argent afin de payer pour sa signature. La joie que j’ai ressentie quand j’ai finalement gagné à la loterie du ministère de la Santé et qu’une charmante médecin a accepté de me prendre sous son aile. La même que mon père qui a fait tout un saut quand il lui a partagé mon expérience et ma prescription ouverte pour des pilules bonheur… Quelques semaines plus tard, on me sevrait du Zoloft et on me transférait vers un nouveau médicament qui allait régler un autre de mes enjeux : le TDAH. Concerta, ce sera. Quel changement ça allait être. Je me sentais presque trop focus. Le sentiment était vraiment étrange, mais au combien gratifiant.
Entretemps, les choses allaient chier solidement avec ma femme, Vicky. Je vous rassure on est encore ensemble, mais j’ai failli fucké la patente sur un moyen temps. Durant ma dépression mélangée au déficit d’attention, j’ai accumulé une bonne quantité de dettes non répertoriées au dossier financier conjugal. En fait, j’ai carrément caché tout ça à la personne qui aurait dû m’aider avec ça. Par trois fois, l’honnêteté a manqué et on a vécu des moments houleux jusqu’au point de passer le jour de l’an séparé l’un de l’autre et les enfants d’un côté et de l’autre. Bref, ça allait mal à la shop. Mais on s’est parlé. On a mis nos différends de côté et on a recommencé à essayer de bâtir quelque chose qui pouvait ressembler à une famille et un couple. Elle a bâti un plan de retour à l’équilibre budgétaire et il faut dire que ça marche. Je pense que Vicky pourrait donner des leçons à tous les pseudos connaisseurs qui gèrent les finances publiques. Allo, les Kings pour 7 millions, et merci pour les 11 milliards en déficit (dont 4 milliards structurels…)
Le TDAH c’est étrange surtout pour quelqu’un comme moi. J’ai toujours été somme toute fonctionnel, je réussissais très bien à l’école. En fait, je trouvais ça facile et j’ai toujours eu une capacité d’analyse au-dessus de la moyenne. Au travail, je performais quoique la procrastination fût souvent au rendez-vous. J’arrivais à livrer des résultats satisfaisants en un court laps de temps. Est-ce que ça aurait pu être mieux? Bien sûr. Est-ce que c’était assez pour la majorité des gens? Ben oui. Pour moi? Fuck all. Je savais que je valais mieux, mais je trouvais tout ça insurmontable. Les derniers mois avaient été tellement prenants. Des rénos majeures qui s’étirent à la maison. Une résidence prolongée avec les enfants chez les beaux-parents. Une nouvelle patronne au travail qui se rendait bien compte que je ne livrais pas mon maximum et qui ne s’est pas cachée pour me le faire savoir. Une série de secrets tous plus stressant et angoissant les uns que les autres que je tentais, de façon malhabile, de cacher à ma partner. Pis c’est con. Je me disais que ça allait finir par s’arranger. J’étais pas (et je ne serai jamais) gambler mais je me sentais vraiment comme le gars assit au coin du bar, à la machine à vidéo poker. Elle va bien finir par payer, non?
Non, elle n’a pas fini par payer. Elle continuait de creuser l’écart entre moi et mon bien-être. Je ne me sentais pas bien autant avec moi-même qu’avec les autres membres de ma famille. Mes enfants avaient une version trash de leur père. Ma blonde avait une vraie loque comme chum. Pis moi, j’avais pu rien en commun avec le gars qui habitait mon corps. C’est tough de te dire que tu es de la marde, que tu le sais, mais que t’as aucune criss d’idée de comment tu vas t’en sortir.
Mars 2024. Quelques mois après la crise. Trois semaines depuis le début du Concerta et la fin du Zoloft. Je suis content de dire que ça va mieux. Oui, je suis un peu agressif par bout, mais je souris et je patiente plus avec mes enfants. On joue ensemble avec les plus jeunes et on parle de défis adolescents avec la plus vieille. Je fais preuve d’empathie et j’ai les émotions dans le tapis. Encore hier, j’ai envoyé un vidéo à ma petite famille sur l’heure du lunch pour leur dire que je les aimais et que je m’ennuyais d’eux autres. J’ai pleuré et pourtant j’étais heureux. Juste mélancolique, voire nostalgique. Ça me faisait du bien d’être vulnérable. Pas pour me faire prendre en pitié, mais pour montrer que la carapace, pour laquelle j’avais tant travaillé, était craquée et que toute la colle contact du monde n’allait pas réussir à la recoller. Je regarde des vidéos d’enfants qui rencontrent leur nouveau petit frère et ça me fait penser à Gabriel et Émile. Ils seront amis pour la vie pis je trouve ça beau que, malgré toutes les shits qu’on a traversé, on a été capable de faire une affaire aussi belle que celle-là. Je veux être là pour eux et elle. Papa vous laissera pas tomber même s’il a bien failli faire sauter tout ça pour des raisons qui lui sont encore nébuleuses. Et y’a Vicky. On a nos hauts et nos bas, mais on se rapproche. On se donne de l’affection, on se complimente… On a même recommencé à faire l’amour, ce qui est un exploit en soi compte tenu de la grande sécheresse des dernières années. Je me sens choyé d’être avec elle. Je me sens reconnaissant qu’elle soit encore là. Je suis content de pouvoir continuer d’évoluer à ma façon au sein d’un milieu familial aimant, inclusif et bienveillant. Bref, je me sens bien. Je m’oblige et je me donne le droit au bonheur. Tellement, que je veux le marchander autour de moi. Sourire, ça fait pas mal. Apprendre et avouer ses erreurs non plus. Se poser des questions, c’est juste sain. Prendre le temps de contempler le monde avec ses bons et ses mauvais côtés, ça peut faire apprendre beaucoup de choses.
Respire.
Prends ça relax.
Apprécie.
Déguste.
Expérimente.
Ouvre-toi.
Choisis.
Vis.
À bientôt,
Charles-André Dalaï-Lama Roy
