Je viens de me lever. Mon fils, Gabriel, a de la difficulté à dormir cette nuit. Encore. Je viens de regarder l’heure et il est précisément 23h52 quand mes yeux croisent les chiffres rouges du cadran du four, dans la cuisine. Dans huit minutes, je vieillirai d’un an, mieux je changerai de décennie. J’atteindrai l’âge de quarante ans lors de cette nuit transitoire entre la fête du Canada et mon propre anniversaire. Il y a quarante ans, je poussais mes premiers cris dans ce monde, quelques heures après les feux d’artifice du 1er juillet 1983. Et, maintenant, je me fais réveiller par mon fils qui pleure quelques minutes avant le passage vers la quarantaine. Comme pour me faire réaliser pleinement que j’entame le deuxième chapitre de ma vie. Que ce que j’ai fait jusqu’à maintenant fait partie du premier tome. La suite reste à écrire. Une tonne de pages blanches devant et pleins de nouvelles aventures à vivre! Du moins, c’est comme ça que j’ai décidé de le voir. Ce qui est spécial, c’est que cette nouvelle partie de l’histoire commence assez intensément. Émile, mon deuxième fils, viendra au monde lundi matin, le 3 juillet 2023. Presque quarante ans, jour pour jour, après son paternel. On dit souvent que tout est dans tout. Je ne pensais jamais avoir un exemple aussi probant de cet adage.
Et puis, je me suis demandé ce que je voulais faire de ce début de seconde histoire. Comment je voulais passer les premiers moments de ma quarantaine. Étant donné mon manque de sommeil actuel (et à venir!), je m’étais dit que dormir semblait une belle option. Mais, j’avais envie de renouer avec un amour que j’ai un peu mis sur la voie d’accotement depuis un bout de temps. Ça fait un moment que je n’ai pas noirci une page blanche de lettres, de mots, d’aventures, de pensées… Manque de temps? Je n’achète pas. On a tous le même nombre d’heures dans une journée. Tout dépend de ce que nous en faisons. Manque d’intérêt? Non plus. J’aime écrire, ça me fait du bien. Manque d’effort? Là, on touche à quelque chose. Je ne suis pas le plus persévérant des ours ni le plus acharné quand vient le temps de conclure une tâche. J’ai souvent besoin du coup de pied au derrière supplémentaire pour avancer. Fort heureusement, j’ai de la facilité à écrire. Les mots coulent de mon stylo (ou du bout de mes doigts) avec une aisance et une rapidité fascinante. On m’a fait ce cadeau à ma naissance, aussi bien le mettre à bon escient. Et, c’est quelque chose que je voudrais transmettre à mes enfants. La persévérance. Croire en soi, en son talent et le développer, le forger. Rien n’arrivera seul. Il faut travailler, bûcher, pratiquer et se donner à fond pour que jaillisse la lumière de ce don reçu.
Je veux débuter cette quarantaine en me donnant le droit et le temps de vivre. Entretenir mes passions. Sourire devant une situation attendrissante, laisser le jugement au vestiaire et seulement espérer que les gens autour de toi sont aussi heureux que tu puisses l’être au moment précis où ton regard croisera le leur. Regarder les yeux de ma blonde et comprendre ce qu’elle veut dire seulement par la mimique de son visage et par ce léger froncement qu’elle fait avec sa ride du lion. Je veux apprécier une pièce musicale au complet en écoutant le texte et la musique s’allier pour me faire vivre une expérience transcendante. Je veux voir mes enfants et ma blonde partir avec le sourire le matin, juste parce qu’on est bien et qu’on a pris le temps de l’être. J’exige de descendre la limite de vitesse matinale dans la maison. Alors qu’on devrait être dans une zone scolaire où l’on roule doucement en regardant bien autour, j’ai souvent l’impression d’être sur une autobahn allemande le matin. On court contre la montre en engloutissant notre déjeuner tout en regardant les minutes défilées sur notre montre. Je me suis surpris l’autre jour à regarder l’heure à chaque minute d’un déjeuner de semaine. Comme si je m’attendais à ce que le temps arrête soudainement. J’avais besoin de souffler. Inconsciemment, je crois que je voulais mettre de la pression sur la marmaille pour la forcer à aller plus vite. Allez! Papa doit y aller! Je n’ai pas le temps de t’écouter ni de jouer avec toi. Je dois travailler et gagner ma croûte pour nous permettre d’avoir une maison au-dessus de nos têtes. Ça devait être un endroit où le rire était roi. Petit à petit, ça s’est transformé en lieu où le temps nous manquait. L’horloge semble donc aller plus rapidement à certains moments de notre vie. Il n’y a pas si longtemps, je suis arrivé au bureau en trombe. Stressé, à cran parce que je venais de me dépêcher de déjeuner en vitesse tout en habillant mon fils rapidement pour aller le mener à la garderie. Papa n’a pas le temps de te donner un câlin, il va être en retard. Et je répétais ce manège chaque jour de semaine. Un matin, alors que j’étais encore à bout de souffle, Gabriel, deux ans, m’a saisi le visage à deux mains et m’a regardé droit dans les yeux. Et il m’a demandé : ça va? Tout simplement. Il avait saisi que son père s’en allait dans la mauvaise direction. On s’est regardé dans les yeux et je lui ai dit : Oui, maintenant ça va. Merci mon loup. Il venait de me saisir. De me donner le reality check dont j’avais besoin. C’est à ce moment que j’ai réalisé que j’étais toujours pressé d’aller nulle part ou du moins à un endroit beaucoup moins important que les gens que je laissais derrière moi.
On dit de la quarantalité qu’elle est une alliance entre la quarantaine, la tranquillité, la qualité ainsi que la parentalité. C’est comme ça que j’ai envie de vivre dès maintenant. Je veux de la douceur et de la tranquillité. J’aspire à ce que ma maison et ma vie soient comme une grosse couverture chaude et réconfortante. J’ai besoin d’apaisement et de bonheur. Je fais le souhait de faire preuve de gratitude devant ce que j’ai et ce que je suis. Je veux vivre des moments de qualité avec les miens et par moi-même aussi. Je veux que les membres de ma maisonnée s’épanouissent au maximum. Je veux écrire le roman que je me suis promis d’écrire avant quarante ans… Oups! J’aspire à voir mes enfants grandir dans l’harmonie et la bienveillance bien dosée. Je veux regarder ma blonde le matin et lui dire que je l’aime et qu’elle est belle même si elle n’a pas dormi de la nuit. J’aimerais devenir un papa modèle et qui montre à ses enfants que la vie c’est beau en maudit quand tu te donnes la peine de la regarder et de l’admirer. Vis ta vie. Ne te contente pas d’être un acteur secondaire dans ta propre histoire parce que tu risques de trouver ça long de jouer dans le film des autres. Soyez fiers, justes, honnêtes et un peu excentriques. Ça va faire du bien autour de vous de rajouter de la couleur à un environnement un peu trop gris. Tu peux être qui tu veux dans la vie si tu en as envie. Faut juste pas lâcher. Papa l’a fait souvent. Manque de persévérance oblige… J’ai envie de leur dire d’essayer des choses, parce que vivre avec des regrets ça peut être chiant et ça ne donne rien sauf de se rappeler qu’on aurait donc dû. J’ai fait un exercice l’autre jour: Je me suis mis à observer le monde comme le fait mon enfant de deux ans. J’ai commencé à m’émerveiller devant tout ce qu’il y avait autour. J’ai décidé de laisser l’adulte au vestiaire et de retrouver le kid en moi. J’ai aimé ça. Je me suis senti bien et je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que ce sont les enfants qui ont raison. Ils sont beaucoup plus résilients, voire innocents, que nous. Mais, ils ne s’en font pas avec grand-chose. Ils voient le côté positif de la vie avant de voir le négatif. Ils ne pensent pas à quoi que ce soit quand vient le temps de jouer. Ils ne se demandent pas s’ils vont tacher leur pantalon sur la glissoire ou bien dans le sable. Relaxe. C’est juste du linge. Si ça se trouve, ça va partir au lavage et sinon, bien j’aurai un souvenir de la fois où j’ai lâché mon fou au parc.
Je pense que je vais aimer ma quarantaine. Je suis entouré de tout ce dont j’ai besoin. À moi de continuer à cultiver le bonheur et de faire de mon foyer ce pour quoi il est conçu. Un endroit sûr, bienveillant, réconfortant, réceptif, ouvert et chaleureux.
